DG des
Restaurants LE PLACALI ABOURÉ
LE GÉNIE DE LA VALORISATION DES TRADITIONS
CULINAIRES LOCALES
VÉRONIQUE VONAN A VAINCU LE
SIGNE INDIEN EN FAISANT PASSER LE « PLACALI » LOCAL DES RUES, DU
GHETTO, DES TÉNÈBRES À LA LUMIÈRE ...
Du haut de sa
trentaine, Véronique Vonan règne, en l’espace de quelques années, en parfaite
maîtresse sur le secteur de la restauration, en particulier celui du « placali »
ivoirien, grâce à son concept de "Placali abouré", qui est la marque
de sa franchise. Ce tubercule de son nom scientifique Manihot esculenta Crantx,
qui nous vient d’Amérique latine et qui a été introduit en Afrique par les
Colons portugais et consommé par 39 pays africains, fait aujourd’hui sa
renommée à travers le monde entier. Elle a vaincu le
signe indien en faisant passer le placali des rues, du ghetto, des ténèbres à
la lumière en en faisant un plat pouvant se déguster dans des espaces où la
propreté le dispute à la qualité de service. Car le Placali Abouré, ce sont 500 voire
600 repas livrés, par semaine, grâce à la mise en place de son propre call
center, avec quatre conseillers clients qui l’aident dans l’organisation
pratique quotidienne aussi bien au niveau des commandes que du service après-vente.
Ce savoir-faire lui permet de toucher toutes les couches sociales, 300 personnes
par jour en moyenne dans les restaurants.
Le Placali Abouré, c’est
aussi un premier restaurant à la Riviera Jules Verne ; un autre aussi,
climatisé avec des tables en marbre destiné à une clientèle plus aisée en zone
4. Suivront Riviera Bonoumin, Yopougon et bientôt Marcory et Koumassi, là où
tout a commencé. Les personnalités du monde culturel, des influenceurs
culinaires venus de partout, de simples visiteurs ou touristes, toutes
nationalités confondues, se pressent dans ses espaces. Elle devient la star des
réseaux sociaux. Une succes story née d’une envie de …femme enceinte. En effet,
lors de sa grossesse, Véronique Vonan avait ce besoin irrépressible qu’ont les
femmes enceintes de manger certaines choses. Et, le sien, c’était le placali, de
surcroît son plat préféré. Ça tombe bien, elle a une de ses tantes qui en vend
dans la commune de Koumassi.
Qu’à cela ne
tienne ! Diplômée en développement des marques, ancienne agent de l'Etat,
mais aussi dans le semi-privé, maquilleuse à ses heures, travailleuse dans
l’évènementiel pour se faire des économies, elle quitte la Riviera, son lieu
d’habitation, pour cette commune excentrée de la capitale économique. Puis, un
jour, l’interrogation se matérialise : pourquoi, ne pas se lancer dans
cette activité qui pourrait être lucrative, se dit-elle ? C’est ainsi que
sans aucun business plan, elle se lance au culot en se disant : chiche,
advienne que pourra et finit par démissionner pour donner libre cours à sa
passion.
Ce sera le début
d’une aventure qui commence donc en 2001, au bord d’une route à Koumassi, avec
cette tante qui sera sa première cuisinière, sa première partenaire et dont
elle apprécie particulièrement la cuisine, surtout le placali. Mais pas n’importe
lequel ; celui qui vient du manioc de Bonoua, sa terre natale dont elle
dit qu’il est le meilleur aussi bien au niveau de la texture que du goût. Du
jour au lendemain, les projets pleins la tête, elle se lance à l’instar de tous
ces jeunes à la culture 2.0 sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook,
pour en faire un allié de taille, en y présentant et vendant ses produits. Les
retours sont positifs, voire élogieux ; les commentaires nombreux et les
demandes affluent. De 30 plats par jour, elle passe à 50, à 100, puis à 500, et
600 plats par semaine. Et ce, après une année de livraison en ligne. Une année
plus tard, c’est-à-dire en 2021, elle décide de franchir une nouvelle étape en
ouvrant son premier restaurant. Il sera à la Riviera Jules Verne. Cependant, entre
sa crise post-partum et le travail, la jeune femme craque ; la machine
s’enraye. Elle veut jeter l’éponge. Tout arrêter. Dire stop ! Mais ses clients,
ces admirateurs ; la communauté Facebook (anonymes, célébrités,
influenceurs, personnalités), refusent son abdication et la poussent à
continuer la bataille.
Forte de ce soutien
inestimable, cette fan de l’auteur brésilien, Paulo Coelho se reprend en mains,
se remet à la tâche. Elle a fait sienne cette maxime tirée de son chef d’œuvre,
l’Alchimiste : « Quand tu veux quelque chose, tout l'Univers
conspire à te permettre de réaliser ton désir. » Comme une piqûre de
rappel, cette pensée la galvanise et la pousse à tout bousculer sur son chemin
au mépris des difficultés, des écueils, en bannissant tout doute de sa tête, en
s’écartant de toute forme de pensée et amis négatifs. En" tuant" la
peur. Un sentiment qu’elle assimile à une défaite, à une faucheuse d’espoir,
d’ambition, de rêves. Et pour cette croyante catholique pratiquante, membre du
groupe liturgique des églises qu’elle fréquente, « Dieu permet à vos anges gardiens
de vous aider à accomplir votre vision. Pour ce faire, vous vous devez d’être
positif et non le contraire. Vous devez la visualiser et foncer avec foi
Toujours en quête de
victoires, d’aventures, toujours voulant aller plus haut, plus loin et plus
fort, elle prend la décision d’internationaliser sa livraison. Aujourd’hui, ce
sont plus de 100 repas qui sont livrés en moyenne par semaine à Paris, au Canada
et toutes les deux semaines, 50 plats en Allemagne et au Danemark. Au mois de mai
2024, elle se lance un nouveau défi en allant faire goûter son Placali, tel
qu’il se mange ici, en Côte d’Ivoire, c’est-à-dire chaud. Ce sera le "
Festival placali abouré chaud" à Paris. Tels des chevaliers sans peur, ils
abordent, elles et son escouade de cuisiniers, la France où, pendant trois
jours, ils serviront 3000 personnes de toutes nationalités et races confondues.
Toujours aussi joueuse, elle décide de rééditer
cette prouesse en octobre, en lançant l’opération 1000 plats par jour, encore
en France. La réussite est une nouvelle fois au rendez-vous. Du coup, elle
mûrit le projet d’en faire d’autres dans des pays comme le Canada, l’Allemagne,
le Danemark, tous ces pays qui apprécient sa cuisine.
Comme toute
visionnaire, Véronique Vonan qui veut aller loin et embrasser le monde, pour ne
pas risquer le manque de matière première et maitriser tout le processus de
production, a acquis un champ de manioc d’une superficie de quatre hectares.
Une plantation dans laquelle est également cultivé le gombo, un des ingrédients-phares
de ses recettes. Malgré les commandes de plus en plus grandes, elle s’est
cependant fixé une limite : ne jamais utiliser de produits phytosanitaires,
de produits chimiques, quels qu’ils soient. Jeune femme dynamique elle se veut
militante du Healthy. La nourriture saine sans additif, sans colorant, sans
tous ces ingrédients qui promettent de donner une saveur inégalée à vos plats et
qui pullulent sur les marchés, alors qu’ils s’avèrent la plupart du temps
toxiques et dangereux pour la santé des populations.
Pour elle, le retour
aux sources, à nos racines, à nos valeurs culinaires, dont le socle est le bio,
s’avère indispensable face la recrudescence de maux, telles que les maladies cardiovasculaires,
le diabète et qui sont devenus des problèmes de santé publique. Une fois de
plus, parce que tout commence par la bouche, qu’une bonne santé commence par
une bonne alimentation, la papesse du placali, made in Côte d’Ivoire, veut
aller plus loin en investissant, cette fois, le monde de l’agro-alimentaire.
Elle vient donc de lancer sa propre marque d’articles agro-alimentaires, O’Dê. En abouré, cela signifie : « c'est
doux ». C’est une gamme variée comprenant de la farine d’igname et de
manioc, sans gluten, sans sucre ajouté, pour faire du foutou, du placali. Cette
farine de manioc peut servir indifféremment pour faire des pâtisseries comme
des crêpes, des pancakes, du pain. On y trouve aussi de la pâte d'arachide, de
pistache, sans aucun mélange ni apport extérieur comme il s’en trouve
malheureusement parfois sur le marché du fait de commerçants véreux.
Pour fournir ces
produits de qualité à ses clients, elle s’approvisionne bord-champs et
travaille avec des femmes de Moossou et de Korhogo. Jamais en panne d’idées,
Véronique travaille déjà sur un concept qui sera bientôt lancé : l’attiéké
minéralisé ; c’est-à-dire que seule l’eau minérale, pour garantir une
hygiène optimale, sera utilisée dans tout le processus de fabrication de la
semoule de manioc. Toujours dans le souci de préserver la santé de ses clients,
elle a décidé d’accentuer le volet nutritionnel, avec l’ajout de certains
minéraux pour un meilleur système immunitaire.
Fière de son Prix d'Excellence du Président de la République, Alassane Ouattara dans la catégorie Prix d'Excellence National du Meilleur Restaurant Ivoirien en 2024, « grâce au Placali », Véronique Vonan ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Tant mieux pour la jeune génération d’entrepreneur en mal d’inspiration.